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© 2015 Evelyne Zuber

Illustrations : Zabou, Google images

Edition : BoD - Books on Demand GmbH

12/14 rond-point des Champs Elysées 75008 Paris

Imprimé par BoD – Books on Demand GmbH, Norderstedt

ISBN : 978-2-322-008261

Dépôt légal : Janvier 2015

Du même auteur :

Couverture 1 : Tapisserie d’Angers : Vision de la Nouvelle Jérusalem

À mon époux Jean-Daniel

À nos enfants et petits enfants

À nos amis

À tous nos frères et sœurs dans la foi,

« Que l’espérance qui nous est proposée soit une ancre solide et ferme pour notre âme ! »

Hébreux 6.19

Sommaire

La version de la Bible utilisée est celle de la Bible Segond révisée dite « à la Colombe ».

Avant-propos

Chers lecteurs

Ne vous attendez pas en ouvrant cet ouvrage, à une œuvre savante, théologique, ou exégétique ! Je n’ai pas d’autre intention que de partager la joie et l’espérance procurées par ma lecture attentive de ce livre biblique si méconnu et terrifiant pour beaucoup ! Vous trouverez en fin d’ouvrage une brève bibliographie, car pour comprendre les images de l’Apocalypse, je n’ai eu d’autres références que les textes bibliques. Je suis en effet partie du principe que la Bible s’explique par la Bible, pour qui veut sonder les Ecritures. Mais loin de moi d’en faire une lecture littéraliste et fondamentaliste, moralisante et culpabilisante ! J’estime en effet que les images de Dieu que se font les hommes ont évolué au cours du temps et qu’elles représentent très approximativement la « réalité » invisible de Dieu. Par une recherche du sens des symboles de l’Ancien et du Nouveau Testaments, je suis arrivée à une lecture spirituelle, joyeuse et réconfortante, de la Bible en général et de l’Apocalypse en particulier.

Je livre ce témoignage en essayant de mettre à la portée de tous les curieux de la Bible et de l’Apocalypse, la découverte et la compréhension d’un message qui a donné du sens à ma vie et des raisons d’espérer, malgré les apparences et les catastrophes de ce monde.

Mon désir le plus cher est modestement de vous donner envie de découvrir par vous-mêmes les beautés de la parole biblique et prophétique et d’aviver en vous l’étincelle d’espérance en notre Sauveur et Seigneur qui revient bientôt !

Plan de mon livre :

Dans une 1ère partie, après un rapprochement de l’Apocalypse avec le Jour des Expiations, et un aperçu du symbolisme messianique du sanctuaire juif, je présenterai brièvement la construction du livre telle que je la comprends ;

Une 2ème partie tentera une explication du message d’espérance apporté par la Révélation de (= faite par) Jésus-Christ sur le « Jour du Seigneur » (1.10), « Jour de jugement », en trois chapitres.

Enfin une 3ème partie détaillera la Révélation de (= au sujet de) Jésus-Christ, qui, par 7 images, donne l’espérance nécessaire pour vivre « les choses à venir » (1.1,19).

En conclusion nous verrons les sept béatitudes que l’Apocalypse propose à notre espérance.

Première partie :

L’Apocalypse, le dernier Yom Kippour

1- Le Jour des Expiations dans L’Ancien Testament

Comme je l’ai dit dans l’avant-propos, on ne peut comprendre le livre de l’Apocalypse, sans se référer aux autres livres de la Bible, prophétiques ou non, et en particulier de l’Ancien Testament. L’apôtre Jean était un juif lettré, qui a utilisé le vocabulaire, les images et les rites du sanctuaire de Jérusalem, pour traduire la vision que Dieu lui avait envoyée.

Il est intéressant de remarquer que les deux grandes fêtes annuelles juives du début de l’année, Pâques et Pentecôte, ont trouvé en Jésus-Christ l’antitype de l’œuvre qu’elles commémoraient et en même temps préfiguraient : comme la Pâque rappelait la sortie d’Egypte, Jésus a réalisé, par sa mort et sa résurrection à la Pâque, la libération de son peuple de l’esclavage du péché ; à la Pentecôte, il a donné l’Esprit Saint pour former son peuple à la vie du Royaume, comme Dieu avait donné la Loi à son peuple naissant, cinquante jours (sens du mot « Pentecôte ») après la Pâque de la sortie d’Egypte1.

L’année rituelle juive se terminait par trois fêtes très rapprochées, la fête des trompettes, le jour des Expiations, et la fête des Tabernacles ou des Cabanes.

Que signifiaient pour le peuple hébreu ces trois moments importants de l’année ?

La fête des trompettes appelait le peuple à s’assembler autour du sanctuaire2, et à se préparer dans la repentance pour le jour solennel des Expiations (Lév 16) qui avait lieu dix jours après. En ce jour, le grand prêtre, représentant le peuple rassemblé devant le sanctuaire, pénétrait dans le lieu Très-Saint, oignait du sang pur du « bouc pour l’Éternel » l’arche contenant la Loi. Le fait que le grand prêtre conservait la vie en présence de Dieu dans le lieu Très-Saint, confirmait au peuple le pardon de Dieu pour les péchés commis par le peuple tout entier dans l’année écoulée. C’était une cérémonie collective où tous ceux qui se mettaient au bénéfice du sacrifice du « bouc pour l’Éternel », recevaient l’effacement de leur péché (= sens du mot hébreu Kippourim « Expiations »), et la purification de leur cœur, sanctuaire vivant de Dieu. Ils vivaient ce jour comme un véritable jour de jugement, où d’un côté était reconnue leur appartenance au peuple de Dieu à cause de leur foi en Lui ; de l’autre, en ce jour, « toute personne qui ne s’humiliait pas était retranchée du peuple »3. La cérémonie se poursuivait par la purification symbolique de tous les objets du sanctuaire, l’effacement par le sang pur de toutes les souillures causées par le sang des sacrifices quotidiens pour les péchés individuels, la sortie, devant l’assemblée, du grand prêtre vivant ; ensuite l’envoi à la mort dans le désert du bouc pour Azazel marquait l’élimination totale du mal, car l’imposition des mains du grand prêtre avait rendu le bouc pour Azazel porteur du péché effacé dans le sanctuaire.

Le Yom Kippour était suivi de la fête des Cabanes où, pendant huit jours, le peuple dans la joie et la communion fraternelle, célébrait la protection de Dieu pendant son périple au désert.

Les deux fêtes du printemps ayant trouvé leur antitype dans l’œuvre terrestre de Jésus, qu’en est-il des fêtes de l’automne qui terminaient l’année rituelle ? Où trouvent-elles la réalisation de leurs symboles ? Le Nouveau Testament nous en fait approcher la compréhension dans les livres de l’Écrit aux Hébreux et de l’Apocalypse, qui développent l’œuvre du Christ depuis son ascension auprès du Père.

Je m’attacherai ici au seul livre de l’Apocalypse, qui termine la révélation biblique par une vision prophétique de Jean : le dernier des apôtres qui avaient suivi le Christ sur terre, discerne la présence du Seigneur tout au long des « choses à venir », donc des événements qui viennent après le temps apostolique, jusqu’à la fin des temps humains !

Afin de comprendre ce qui se passait le jour des Expiations, il est nécessaire d’ouvrir une parenthèse pour décrire le sanctuaire terrestre et son symbolisme prophétique.


1 Lév 23.15-16

2 Lév 23.24

3 Lév 23.29

2) Le Sanctuaire et son symbolisme messianique4

Après Jésus, le sanctuaire terrestre fut interprété comme « l’image et l’ombre des réalités célestes »5.

Le Tabernacle de l’Exode puis le temple de Jérusalem se composaient de trois parties : un parvis sur lequel on trouvait l’autel des sacrifices et la cuve d’airain pour les ablutions purificatrices des prêtres avant leur entrée dans le bâtiment. Ce dernier comportait deux pièces, le Lieu Saint où officiaient les prêtres chaque jour ; on y trouvait un chandelier d’or à 7 branches, une table portant les « pains de proposition », et un autel d’or où brûlait de l’encens. Un voile décoré de chérubins séparait ce Lieu Saint du Lieu Très Saint abritant l’arche de l’Alliance contenant la Loi. Le grand prêtre seul y pénétrait une fois l’an au Yom Kippour, et procédait à la purification du sanctuaire. En oignant du sang pur du bouc sacrifié à l’Éternel, les objets de chaque pièce du sanctuaire, qui avaient été aspergés du sang des victimes immolées pour les péchés durant l’année, le grand prêtre « effaçait » symboliquement l’impureté de ces péchés.

Les trois parties du sanctuaire et les rites qu’on y pratiquait, préfiguraient l’œuvre du Messie à venir. Le parvis représentait l’humanité où le Messie incarné en Jésus, serait l’Agneau immolé pour le pardon des péchés du monde. Les sacrifices quotidiens annonçaient celui de Jésus et manifestaient la foi des fidèles dans le pardon gratuit de Dieu. L’œuvre terrestre de pardon et de purification du Messie une fois accomplie, Jésus par son ascension a franchi symboliquement le premier voile qui donnait accès au Lieu Saint du sanctuaire. Depuis il officie comme Prêtre et Roi au sein de ce lieu où demeure son Esprit. Les apôtres l’ont compris comme étant l’Église dans son ensemble, et le cœur de chaque croyant en particulier6. Là se manifeste la présence de Jésus Roi qui éclaire de son Esprit, nourrit de sa Parole, et intercède pour son peuple, à l’image des rites quotidiens du Lieu Saint Juif.

Schéma du sanctuaire Juif

On peut schématiser ainsi le sanctuaire juif et donner un sens messianique à son organisation et à ses rites.

Enfin, le rite annuel du Yom Kippour montrait qu’à la fin du service spirituel de Jésus au milieu et pour son peuple, le Sauveur passerait spirituellement et symboliquement le second voile du temple pour entrer dans le Lieu très Saint et accomplir la dernière partie de sa mission, la purification du sanctuaire. À ce moment Jésus agit comme Juge : au sens biblique du mot, il est le Libérateur de son peuple, il reconnaît comme siens et rassemble autour de lui ceux qui se sont réclamés de son sacrifice et qui l’ont laissé agir dans leur vie pour les transformer à son image7. Les considérant comme justes devant Dieu, il peut ensuite ressortir du sanctuaire spirituel, revenir de façon visible et glorieuse, pour éliminer définitivement de la terre le mal et ses conséquences, pour permettre à son peuple purifié une nouvelle vie éternelle en sa présence.

Cette organisation du sanctuaire terrestre symbolisait aussi le chemin de foi du croyant : par la repentance qui marque la crucifixion de son Moi pécheur, et par le baptême où il s’identifie à la mort et à la résurrection de Christ, le croyant entre dans le peuple de Dieu gouverné spirituellement et sanctifié par le Seigneur. Eclairé par l’Esprit et nourri par la Parole, il grandit dans la foi au service de Dieu et des hommes8. Lorsque le Christ accomplira sa dernière mission de Juge, le croyant justifié par Lui sera définitivement scellé par l’Esprit pour paraître debout devant Dieu.

Ce symbolisme du sanctuaire a servi de base à l’affirmation de Paul qui résume le chemin de foi du croyant, dans 1 Co 6.11 : « Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés, au nom du Seigneur Jésus-Christ, et par l’Esprit de notre Dieu ».


4 Voir le livre du même auteur : « J’habiterai au milieu de vous » (Ed BoD)

5 Hébreux 8. 5

6 1 Cor 3.16 ; 2 Co 6.16 ; Eph 2.21 ; 1 Pi 2.5

7 1 Co 1.8 ; 2 Co 3.18

8 Rom 6.4, 6 ; 1 Pi 2.2, 9

3) Construction du livre de l’Apocalypse :

Le cycle annuel du rituel hébreu ayant vu la réalisation spirituelle de ses premiers symboles dans l’œuvre terrestre de Christ, on est en droit de penser que les trois dernières fêtes symboliques doivent aussi recevoir leur réalisation spirituelle. Or le livre de l’Apocalypse semble construit sur le modèle de ces trois fêtes juives qui terminaient le cycle rituel annuel.

À ce stade de notre ouvrage, nous ne donnons que les grandes lignes de la composition de l’Apocalypse. L’explication des symboles fera l’objet de nos réflexions ultérieures.

Il semblerait que Jean ait vu se dérouler la vision de l’Apocalypse sur le modèle du rite hébreu du Jour des Expiations décrit en Lévitique 16 : entrée du prêtre dans le sanctuaire, traversée du Lieu Saint jusqu’au Lieu très Saint, passage « au-delà du voile » dans le Lieu très Saint où se trouvait l’Arche d’Alliance, purification du Sanctuaire avec le sang du bouc sacrifié pour l’Éternel, sortie du grand- prêtre devant l’assemblée dans l’attente, imposition des mains sur le « bouc pour Azazel », et envoi de ce bouc au désert pour mourir, puis réjouissance du peuple pardonné, dans la fêtes des Huttes.

Dans l’Apocalypse, Jean est ravi en Esprit au Jour du Seigneur (1.10), ce jour dont tous les prophètes de l’AT et les apôtres ont parlé et que tous attendaient avec un espoir mêlé de crainte. Jean voit alors débuter sa vision par l’apparition du Fils de l’Homme dans la tenue immaculée du grand-prêtre au Jour des Expiations.

Ce Fils de l’Homme adresse des lettres aux Eglises (ch 1-3) parmi lesquelles il marche et officie, comme le grand-prêtre qui traversait le Lieu-Saint où se trouvaient le chandelier à sept branches, la table des pains de propositions et l’autel des parfums.

Puis, Jean pénètre en esprit (4.2) auprès de Dieu, « au-delà du voile » qui séparait les deux pièces du sanctuaire terrestre ; il voit débuter dans le ciel, nom donné au monde spirituel divin, une scène d’intronisation de l’Agneau, aussi appelé Lion de Juda, comme juge digne d’ouvrir le livre scellé (ch 4-5). Le prophète contemple cette scène correspondant à l’entrée du grand-prêtre dans le lieu très Saint, devant l’Arche qu’entouraient quatre « êtres vivants » (deux sur l’Arche, et deux autres immenses, enveloppant l’arche et le lieu Très Saint de leurs ailes9.

La séquence de l’ouverture des sceaux du livre (ch 6-8.1) évoque le moment où le souverain sacrificateur, pénétrant au-delà du voile du temple, pouvait discerner la gloire de Dieu présente dans la Schékina au-dessus de l’arche contenant la Loi divine ; le prêtre pouvait alors comprendre Sa justice et Sa miséricorde dans le fait de demeurer vivant devant l’Éternel, malgré son état de pécheur.

Dans une troisième séquence de la vision, qui se déroule comme un film, l’apôtre entend les trompettes divines (ch 8-11) qui avertissent le peuple et le monde par des événements terrestres, concrets et/ou spirituels. Elles les appellent à se repentir pendant qu’il est encore temps, avant que les sentences divines ne mettent fin au temps accordé aux hommes pour se déterminer face à Dieu (Ap 11.18). De même, la fête des trompettes à la fin de l’année rituelle des Hébreux appelait le peuple à se rassembler devant le Temple de Jérusalem pour le Jour des Expiations. Ceux qui n’y répondaient pas s’excluaient eux-mêmes du peuple. Le choix que les hommes ont à faire constitue un véritable tri entre ceux qui acceptent d’être rassemblés autour de Dieu et ceux qui le refusent. Ce tri opèrerait ce qu’on appelait dans le rite juif « la purification du sanctuaire » par le grand-prêtre au Jour des Expiations. Nous en donnerons plus loin une explication plus détaillée. La section des trompettes de l’Apocalypse décrirait ce qui se passe pour l’humanité sur terre dans le monde visible, pendant la scène précédente d’ouverture du livre scellé, qui se déroule dans le monde spirituel invisible, que seuls les croyants perçoivent par l’Esprit.

Les chapitres 12-14, véritable clé de voûte du livre, sont la révélation suprême de la victoire de Christ sur l’Adversaire à travers l’histoire humaine, assurant le pardon et le salut éternel à son peuple, comme voulaient le préfigurer le passage et les rites de purification du grand-prêtre dans le lieu Très-Saint.

En parallèle aux trompettes et aux sceaux, par rapport à cet axe de l’Apocalypse, les séquences (ch 15-18) des coupes et des jugements des impies réalisent, par la disparition des impies, l’élimination définitive des péchés du monde, que symbolisait la purification de l’autel sur le parvis du sanctuaire terrestre (Lév 16.18-20). À l’image de la sortie du sanctuaire du grand prêtre, attendue avec impatience par l’assemblée, le chapitre 19 présente la venue du Christ en gloire, acclamé par son peuple en joie. Dans les chapitres 20-22, se réalisent les symboles de la fin du jour des Expiations et de la fête des Cabanes : l’élimination définitive de Satan, le responsable du mal et de la mort, et la réunion dans la Jérusalem éternelle du peuple fidèle à Dieu et à L’Agneau.

Cette construction met en valeur l’œuvre du Christ à travers les siècles pour sauver le plus grand nombre possible d’hommes, tout en restant juste dans ses décisions. Nous verrons comment le livre tout entier répond à cette question du rapport entre l’amour et la justice de Dieu.

Le Seigneur, en donnant à l’apôtre Jean une vision qui faisait allusion aux rites du Yom Kippour dans le sanctuaire, désirait raviver la foi et l’espérance en la Grâce divine dans son peuple de tous les temps, à l’exemple de celles qui habitaient et réjouissaient le cœur de ses fidèles du temps du sanctuaire de Jérusalem.

La construction du livre selon le procédé littéraire hébreu des parallèles concentriques appelé chiasme, peut être ainsi schématisée, au verso de la page :


9 1 Rois 6.23-28 ; Ex 37.9

4) Le grand sacrificateur

Nous venons de voir que dans le rite des fêtes juives de fin d’année, le grand sacrificateur avait une place et un rôle de première importance, à la fois comme homme représentant son peuple devant Dieu, et comme prêtre représentant de Dieu devant le peuple, en un mot comme intermédiaire, médiateur. Il préfigurait le rôle du Christ comme médiateur entre la sainteté de Dieu et l’homme pécheur, et entre le pécheur pardonné et les accusations de Satan. Il ne faut pas s’étonner alors de retrouver dans l’Apocalypse des images, qui symbolisent l’action du Christ pour son peuple depuis qu’il a rejoint le monde divin à son ascension ; nous détaillerons ces images dans la troisième partie de cet ouvrage. Là encore notre espérance sera fortifiée par la vision de tout ce que Dieu fait encore et fera jusqu’à la fin pour ceux qui le reconnaissent comme leur Sauveur et Seigneur.

Sept grandes images suggèrent cette œuvre céleste (ou spirituelle) de Christ :

5- Paradoxe du titre : Apocalypse, message d’espérance !

Le mot « apocalypse » aujourd’hui a pris le sens de catastrophes universelles mettant fin à ce monde, à cause de l’abondance des fléaux décrits dans le livre.

Pourtant, le mot « apocalypse » étymologiquement signifie «révélation » (1.1) ; c’est le premier mot du livre écrit en grec, qui lui donne son titre selon la coutume biblique.

Le texte ensuite précise « révélation de Jésus-Christ » ; ce qui peut être compris de deux façons : au sens subjectif, c’est une révélation sur Jésus-Christ, sujet ou agent de la révélation sur lui-même, et au sens objectif, c’est une révélation faite par Jésus-Christ sur un autre objet que lui-même. Les deux lectures sont possibles en grec comme en français. On retient communément le sens objectif : Jésus révèle les évènements de la fin des temps, parce que les images en sont plus frappantes pour l’imagination, et aussi plus… terrifiantes ! Tandis qu’on oublie que le livre révèle aussi et surtout qui est Jésus-Christ et quelle œuvre il accomplit pour son peuple pendant ces événements ! C’est principalement cette révélation qui doit encourager l’espérance chrétienne, au milieu des désastres humains.

Quelle est l’espérance chrétienne ? Pour le présent difficile à vivre, le croyant souhaite la présence de Dieu qui écoute, répond, fortifie et entoure de son amour ; pour le futur, il espère la réalisation des promesses divines concernant la résurrection des morts, la purification du monde, l’élimination du mal, la rencontre avec Jésus glorifié, la vie éternelle avec lui dans la gloire10.

Dans les deux parties suivantes, nous irons à la découverte des messages d’espérance révélés à Jean par Jésus-Christ, à propos de « ce qui doit arriver », puis au sujet de Celui qui est le « témoin fidèle ».


10 Phi 3.20-21 ; Col 3 ; 1 Jn 3.2 ; Rom 8.18-19, 21-25.

Deuxième Partie :

Révélation de (= par) Jésus-Christ

Chapitre un
Le Jour du Seigneur : Apocalypse 1. 10

L’Apocalypse est une vision présentée comme un film en plusieurs séquences, dont le chapitre 1 constitue le générique. On y trouve le titre du livre : « l’Apocalypse », et un peu plus loin, le sous-titre qui explicite le sujet de la révélation, c’est le « Jour du Seigneur » : « Je fus ravi en esprit au Jour du Seigneur, et j’entendis derrière moi une voix forte comme le son d’une trompette... » (1.10)

Le premier verset révélait que Dieu faisait connaître « ce qui doit arriver bientôt »; Jésus au verset 19 ordonne à Jean d’écrire « ce que tu as vu, ce qui est, et ce qui va se produire », c’est-à-dire le passé, le présent et le futur par rapport à l’apôtre. Il nous faut donc comprendre ce que représente ce Jour du Seigneur.

On trouve plusieurs interprétations :

Ce serait pour certains le dimanche. Pourtant, une telle interprétation est un anachronisme flagrant, car le dimanche ne devint le jour officiel d’adoration pour les chrétiens qu’au 4ème siècle, sur décision de l’empereur Constantin.

Pour d’autres, c’est le sabbat, 7ème jour de la semaine, selon le Décalogue donné à Moïse par Dieu, « le 7ème jour est le jour de l’Éternel, ton Dieu » (4ème commandement). La vision de l’Apocalypse est révélée à un juif chrétien, pour qui le 7ème jour était le sabbat, jour du Seigneur, notre samedi. Ce peut être en ce jour d’adoration et de relation particulière avec Dieu que Jean a reçu sa vision. Ce détail de datation semblerait bien anodin dans l’ensemble du livre, s’il ne faisait pas allusion comme mémorial de la Création, à l’appel lancé à la fin des temps par le premier ange11 « d’adorer Celui qui a fait le ciel, la terre, la mer et les sources d’eau »! Du début à la fin de l’histoire du monde, Dieu Créateur réclame l’adoration de ses enfants, et le leur rappelle par le jour du Sabbat.

Pourtant, on doit chercher le sens de ce « jour du Seigneur » dans ce que la Bible nous en dit, dans l’Ancien et le Nouveau Testament.

Pour Sophonie12, le grand Jour du Seigneur est proche, il est proche, il arrive en toute hâte : ce jour est un jour de courroux, un jour de détresse et d’angoisse, un jour de dévastation et de ravage, un jour de ténèbres et d’obscurité ». C’est le « Dies Irae » aux accents tragiques des messes de Requiem !

Pour Zacharie13, « Voici le Jour du Seigneur arrive...Ce sera un jour unique, connu de l’Éternel...Le Seigneur sera roi de toute la terre en ce jour-là, l’Éternel sera le Dieu unique et son nom sera le nom unique ».

Les deux prophètes voient dans ce jour, le moment où Dieu se révèle avec majesté et gloire, prenant possession de son royaume, après la destruction de tout ce qui y a fait obstacle, pour le plus grand effroi des impies.

L’apôtre Pierre dans son discours rapporté par Luc dans le livre des Actes reprend la prophétie de Joël : « Le soleil se changera en ténèbres, la lune en sang, avant que vienne le Jour du Seigneur, grand et magnifique; alors quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé ».

De même dans sa deuxième lettre14, il prophétise que« le jour du Seigneur viendra comme un voleur. En ce jour-là les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre et ce qu’elle renferme sera consumée.... Attendez et hâtez l’avènement du Jour de Dieu où les cieux enflammés se dissoudront...mais où nous attendons de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habitera ».

Pour Paul, le jour du Seigneur est celui de « Jésus-Christ, jour de la colère et de la révélation du juste jugement de Dieu »15.

Comme les prophètes, les apôtres considèrent le jour du Seigneur comme celui de la disparition de l’économie terrestre pécheresse, mais aussi celui de l’instauration d’un nouveau monde de justice, qu’il faut désirer et préparer ardemment, comme y invite la prière de Jésus : « Que ton règne vienne !» (Mat 6.10)

Dans la vision de Jean, le jour du Seigneur est associé :

Ainsi, dès les premiers chapitres, l’Apocalypse suggère au lecteur que le Jour du Seigneur qu’il révèle est celui dont toute la Bible attend la venue ; car ce jour marque le jugement de Dieu, favorable à son peuple puisqu’il le réhabilite officiellement aux yeux de tous, et qu’il le délivre du mal pour l’éternité ; dans la Bible, le mot «jugement » est associé à celui de « libération ou salut » : les Juges qui ont donné leur nom à un livre biblique sont plus des libérateurs de l’oppression exercée sur le peuple hébreu par les tribus environnantes, que des juges de tribunaux pour rendre la justice16 ! Ils libéraient le peuple en même temps qu’ils éliminaient leurs ennemis. On retrouve les deux aspects d’un « jugement » : la délivrance de l’opprimé innocent, et la condamnation du coupable.

Le Jour des Expiations, où Dieu renouvelait son pardon aux fidèles rassemblés devant le temple et les purifiait du mal, se terminait par le retour du grand prêtre. De même, le Jour du Seigneur se terminera, avec l’élimination définitive du mal, par le retour de Christ ; celui-ci fera entrer son peuple sanctifié dans la Nouvelle Jérusalem, symbole de la présence éternelle et glorieuse de Dieu parmi son peuple racheté. C’est la grande espérance de tout croyant !

Faut-il avoir peur de ce Jour grand et redoutable, où le Christ ressuscité et glorifié apparaîtra ? Les prophètes n’ont pas cessé, comme Amos (4.12), d’inviter le peuple : « Prépare-toi à la rencontre de ton Dieu, ô Israël ! »

Si ce Dieu a été connu et aimé, quelle crainte y a-t-il à le rencontrer ?

Nous pouvons comparer ce jour du Seigneur aux pièces de monnaie française avant l’euro. Le côté pile affiche la valeur de la monnaie, encadrée de la devise française. Il peut représenter l’aspect du jugement libérateur qui reconnaît la valeur du peuple, et lui permet l’entrée dans la « liberté, l’égalité et la fraternité » des enfants de Dieu, jour de libération, de joie et de réunion avec le Seigneur. Le côté face présente le symbole de la loi qui régit le pays, en général une Marianne. On peut y voir l’aspect du jugementcondamnation où l’impie se retrouve face à face avec la loi de Dieu, avec le gouvernement de Dieu qu’il a rejeté. Il y découvre que son choix de mort le condamne à disparaître.

Le jour du Seigneur représente deux réalités complètement différentes mais indissociables, qui ne sont pas vécues par les mêmes personnes.

Selon nous, les séquences de l’Apocalypse des sceaux et des trompettes symboliseraient les efforts de Dieu pour appeler une dernière fois le monde à revenir à Lui ; elles révèleraient un véritable tri ou estimation, jugement, dans la Maison de Dieu, pour déterminer qui entrera dans le royaume17 ; en parallèle et en opposition, les séquences des plaies et des jugements représenteraient les conséquences inéluctables du refus d’écouter Dieu. Les chapitres 7, 14, 19, développeraient en contraste, le rassemblement du peuple de Dieu, scellé de l’Esprit, messager de la Parole divine, et sa préparation à l’accueil de son Seigneur.

La solennité et l’éclat du Jour du Seigneur, et du Seigneur lui-même entrevu par Jean, le terrassent, il demeure comme mort (1. 17). Mais le Seigneur le touche, le soutient de sa main droite, le rassure : Ne crains point ! Je suis Vivant (1. 18).

Le message de l’Apocalypse, dès l’introduction se veut rassurant, il est une source d’espérance, d’encouragement, d’affermissement, de lumière sur la direction à prendre. Il établit avec le Seigneur une relation de réconfort et de soutien des serviteurs de Dieu grâce à la vision du Christ Seigneur, Vivant, et Victorieux.


11 Ap 14.7

12 Sop 1. 14-16

13 Zac 14.1 et 4-9

14 Act 2.20-21 ; Joël 3.1-5 ; 2 Pi 3.10-13

15 2 Co 1.14 ; Rom 2.5

16 Juges 2.16 ; 3.9

17 1 Pi 4.17 ; Mt 25.1-13

Chapitre deux
Le Jugement de Dieu

Nous avons reconnu dans notre chapitre précédent que l’on peut considérer le Jour du Seigneur comme le jugement de Dieu, le véritable Yom Kippour de la fin de notre histoire.

L’expression « Jugement de Dieu », comme celle de « Révélation de Jésus-Christ » peut avoir deux sens : elle peut désigner le jugement que Dieu exerce sur son peuple, mais aussi le jugement où Dieu est justifié des accusations de Satan, où « son trône est blanchi » (Ap 20.11 : expression unique dans la Bible !).

Plusieurs questions générales se posent au sujet de ce jugement du Jour du Seigneur. Essayons d’en examiner quelques-unes.

Pourquoi le Jour du Seigneur annoncé par tous les prophètes bibliques comme un Jour de jugement de Dieu sur le peuple et sur les nations, est-il nécessaire dans le plan du salut conçu par Dieu ?

Pour comprendre la nécessité d’un jugement dernier, il nous faut expliquer ce que signifiait l’expiation dans l’ancienne alliance. L’Ancien Testament mentionne trois étapes dans l’œuvre divine du salut : l’alliance, l’expiation, le jugement.

Du point de vue amoureux, l’alliance unit deux êtres qui désirent être ensemble toute leur vie. Elle les engage à être fidèles et à tout faire pour le bien de leur couple. Dieu a tant aimé ses créatures humaines malgré leurs infidélités qu’Il a donné sa vie pour qu’elles puissent vivre éternellement avec Lui si elles le désirent18.

Du point de vue stratégique, si on contracte une alliance entre deux parties, c’est pour combattre une troisième partie, un ennemi commun. Dieu a fait alliance d’abord avec l’humanité, puis avec son peuple19, pour lutter contre l’Adversaire Satan. Il a confié à ce peuple le soin, la mission de Le faire connaître sur la terre, comme un Dieu qui aime et qui veut sauver20, à l’encontre des allégations mensongères de Satan.

L’humanité et le peuple ayant failli dans cette mission, à cause de leur idolâtrie et de leur rupture de l’alliance divine, Dieu a pourvu à la réconciliation et à l’effacement du péché, que la Bible appelle l’expiation. Il a tenté de faire comprendre cette œuvre qu’il réaliserait pleinement par Jésus-Christ, dans les cérémonies d’expiation quotidiennes et annuelles, du temple israélite.

Dans le service quotidien, la cérémonie du sacrifice de l’animal comportait quatre étapes :

  1. la conversion21 du pécheur : c’est un changement d’état d’esprit, on reconnaît son état de péché, de séparation d’avec Dieu et on tourne son esprit dans une autre direction, vers la main tendue de Dieu qui offre le pardon.
  2. l’imposition des mains est le symbole de l’identification de l’homme pécheur à l’animal : le pécheur, à travers l’animal, donne sa vie à Dieu pour qu’Il fasse mourir son péché, transféré sur lui.
  3. l’expiation22 a deux sens : couvrir (par exemple couvrir les cornes de l’autel avec le sang), et éloigner ou effacer le mal.

    On ne couvre pas le péché, mais le pécheur, pour le protéger de l’accusateur, dans le cadre de l’alliance. Toutefois le fond du problème entre l’accusé et l’accusateur n’est pas pour autant réglé : il va falloir un jugement pour le régler. La « couverture » n’est pas un jugement, c’est une mesure d’urgence de protection, qui est suivie de l’éloignement du mal, de la mise à l’écart de l’accusateur, jusqu’à ce qu’il y ait un jugement sur lui.

  4. le pardon23. Ce mot signifie « levée de la barrière », « reprise de la relation ».

Les deux dernières étapes sont indissociables dans les faits comme dans l’esprit des officiants.

Ces quatre étapes prophétisaient l’œuvre d’expiation que Christ a faite pour nous à la croix : il nous a couverts contre les accusations de Satan, il a écarté l’accusateur, il nous a assurés de son pardon, mais l’affaire n’est pas définitivement réglée, jusqu’au jugement de l’Adversaire. Elle est temporairement réglée sur le plan relationnel : la relation du pécheur repenti avec Dieu est rétablie dans la vie quotidienne. Mais sur le plan juridique, le problème du péché dans le monde n’est pas réglé. Il faut un jugement pour le résoudre et l’éliminer définitivement.

Ce jugement n’est pas objet de crainte pour le pécheur pardonné, parce que la barrière entre Dieu et lui est déjà levée. Il fait au contraire l’objet d’une attente ardente du croyant pardonné, car il résoudra définitivement le problème du mal. Ainsi dans la vie quotidienne, le pécheur repentant trouve en Jésus celui qui le protège des accusations de Satan et écarte de lui ses péchés. Mais il attend avec impatience le jour où Jésus éloignera définitivement du monde le responsable du péché et de la mort, Satan.

Dans le service annuel, c’est-à-dire au jour des Expiations (Kippourim), l’expiation s’entend essentiellement dans le sens de l’éloignement définitif du mal.

On faisait symboliquement l’expiation des objets du sanctuaire souillés par le sang des victimes ; celui-ci en effet, du fait de l’imposition des mains, avait porté le péché des pécheurs repentants. On se servait, pour cette expiation annuelle, du sang d’un bouc sacrifié sans imposition des mains. Ce sang « pur » lavait, purifiait les objets souillés et leur ôtait symboliquement toute trace d’impureté du péché, faisant ainsi « l’expiation » ou «la purification du sanctuaire ». Puis, par imposition des mains, le grand sacrificateur transférait sur un second bouc tous les péchés qui avaient été accumulés dans le sanctuaire au cours de l’année et dont il venait de le purifier symboliquement. Ce second bouc était ainsi reconnu comme responsable du péché et était envoyé mourir au désert. Le responsable du mal commis dans l’année écoulée était éliminé définitivement.

Le règlement du problème du mal se fait donc en deux étapes : la première est symbolisée par le premier bouc, image du Christ qui donne le salut au peuple de Dieu et lui pardonne. Dans l’Apocalypse, les chapitres 4 à 11 décrivent ce jugement de salut, de libération, de pardon et de purification du peuple élu.

La seconde étape, symbolisée par le bouc pour Azazel, constitue le jugement d’élimination de l’Adversaire et de ses représentants terrestres. L’Apocalypse le décrit à partir du chapitre 15 jusqu’au chapitre 21.8.

Nous prêtons aujourd’hui au jugement le sens d’évaluation de la personne pour la condamner, ce qui fait peur. Dans la Bible, le jugement est d’abord une libération du peuple de Dieu. Ce sens de délivrance apparaît nettement dans de nombreux textes : « Jésus a été établi par Dieu juge des vivants et des morts. Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon des péchés » ; « L’Éternel Dieu jugera son peuple, il aura pitié de ses serviteurs » ; « Il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement, de même Christ qui s’est offert une seule fois pour porter les péchés de plusieurs, apparaîtra sans péché une seconde fois à ceux qui l’attendent pour leur salut »24: le jugement est directement lié au salut, à la délivrance. Or, qui dit libération, sous-entend élimination des forces tyranniques qui oppriment. Le jugement biblique a donc deux faces indissociables : un côté positif de libération, réhabilitation de ceux qui ont cru en Dieu et en son Fils, ou ont obéi à la loi d’amour de leur conscience25, et un côté négatif d’élimination de ceux qui ont rejeté Dieu, ou la voix de leur conscience.

Plusieurs questions se posent à ce sujet.

a) Les croyants seront-ils jugés ou non ?

Les textes sont apparemment contradictoires. Les uns affirment que « Tout sera jugé », et que « Dieu amènera toute œuvre en jugement » ; les autres promettent que « Celui qui croit en lui n’est pas jugé, celui qui ne croit pas est déjà jugé », et que « Celui qui écoute et croit ne vient point en jugement »26.

Pourtant la différence des temps des verbes est significative : le jugement est présent dès maintenant par le choix ou le refus que l’on fait de Jésus, ou pour l’incroyant, de la loi de sa conscience. C’est nous qui faisons notre propre jugement par notre attitude face à Jésus ou face à notre conscience. Nous nous mettons dans la situation d’être ou ne pas être avec Dieu. Le jugement futur sera un constat des actes qui découlent de ce choix, une reconnaissance publique des suites de ce choix.

b) Les croyants seront-ils jugés sur la foi, ou sur les œuvres, ou sur la foi et les œuvres, dans quelle hiérarchie entre la foi et les œuvres ?

Une multitude de textes dit qu’on sera jugé sur les œuvres. Beaucoup d’autres textes disent qu’on est sauvé par la foi sans les œuvres de la loi 27, c'est-à-dire sans l’obéissance considérée comme un mérite.

Mais aucun texte ne dit qu’on est jugé sur la foi, ou qu’on est sauvé par les œuvres !

On est devant ce paradoxe : on est jugé sur les œuvres et sauvé par la foi ! En effet, on ne peut évaluer la foi que par les œuvres qui en sont le reflet, et qui deviennent le critère d’évaluation de la foi. Cela est tout à fait conforme à la pensée hébraïque, qui ne peut concevoir l’abstrait qu’à travers des représentations concrètes.

c) Par qui et comment seront jugés les impies ?

Un texte de Paul28 nous dit qui jugera les impies : « Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? ». Les élus (Ap 20.4) recevront la révélation des appels de Dieu qu’ont refusé d’entendre ceux qui se sont rebellés contre Lui, hommes ou anges. Ils comprendront alors que leur absence dans le Royaume est justifiée. Dieu ne peut forcer quiconque à vivre contre son gré avec Lui pour l’éternité !

d) À quel moment auront-ils accès aux livres des morts ? Le Seigneur a révélé à Jean que les élus siègeront, en jurés du tribunal divin, pendant les mille ans : « Je vis des trônes et à ceux qui s’y assirent fut donné le pouvoir de juger...Ils revinrent à la vie et ils régnèrent avec Christ pendant mille ans.... » après le retour du Christ et pendant le renouvellement de la terre29.

e) Pourquoi y a-t-il participation des élus à ce jugement dernier ? Sera-ce une corvée ? La participation des élus à ce jugement se justifie par la sollicitude de Dieu envers eux. Dieu désire répondre à leurs inévitables interrogations sur le sort de ceux qu’ils n’ont pas vu ressusciter avec eux au retour de Christ. Comme jurés, les élus pourront constater avec bonheur que Dieu a bien fait les choses, qu’Il est juste dans les sentences qu’Il a prononcées sur les impies, et dans leur exécution, dont la phase finale a lieu après la résurrection des impies. Dieu leur redonne la vie pour qu’ils puissent entendre leur condamnation et en comprendre tout le bien fondé : « Et je vis les morts, les grands et les petits qui se tenaient devant le trône. Des livres furent ouverts...Et les morts furent jugés selon leurs œuvres, d’après ce qui était écrit dans ces livres »30.

f) Quels sont les critères d’évaluation dans ce jugement ?

L’apôtre Paul affirme que « Tout ce qui est convaincu de péché est manifesté à la lumière ». Autrement dit « juger, c’est amener à la lumière », comme le confirme l’apôtre Jean31 : « Celui qui croit en Jésus n’est point jugé. Celui qui ne croit pas est déjà jugé, car il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Et ce jugement, c’est que la lumière étant venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière car leurs œuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait le mal, hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dévoilées. » Ce texte fait de la foi le critère du jugement.

Le jugement, c’est la révélation du choix fait par l’homme. Refuser d’amener ses œuvres à la lumière de Dieu provoquera la condamnation. Si par contre, j’accepte d’amener mon péché à la lumière de Christ dans la repentance, j’en suis délivré, à l’image de David délivré de son péché avec Betsabé, le jour où il s’est reconnu coupable devant Dieu32 : « Je t’ai fait connaître mon péché, je n’ai pas caché mon iniquité ; j’ai dit : J’avouerai mes transgressions à l’Éternel. Et tu as effacé la condamnation de mon péché ». Le jugement, mise en lumière de mon choix, de ma foi, est une délivrance quotidienne du péché et de la mort.

Dans cette manière de voir, tout est jugé : ou c’est moi qui l’amène volontairement à la lumière et il n’y aura pas de jugement de condamnation, ou c’est Dieu qui le fera à la fin, malgré moi. Il révèlera ce qu’a été ma vie de rébellion et de refus de Dieu. Mais tout finalement viendra à la lumière !

Beaucoup de textes semblent indiquer que le jugement de chacun se fera selon ses propres critères de jugement des autres33 : « Quiconque s’élèvera sera abaissé, et quiconque s’abaissera sera élevé » : ce qu’il aura fait aux autres lui sera appliqué. Dans Mt 18.31-35, le serviteur impitoyable se voit traité comme il a traité son créancier. Selon Jacques, en 2.13, « le jugement est sans miséricorde pour qui n’a point fait miséricorde », et en 5.9 « Ne vous plaignez pas les uns des autres afin que vous ne soyez pas jugés ». Même la demande de pardon en Mt 6.12 « Pardonne-nous comme nous pardonnons ... », tient compte de notre propre pratique du pardon ! Paul conclut dans l’épitre aux Galates « Ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera aussi »34.

Cette pensée que notre jugement dépend de nous traverse toutes les Écritures. Mais alors cela signifie-t-il que les œuvres nous sauvent ? Est-ce le salut par les œuvres ? Pas du tout ! La foi-croyance ne suffit pas pour être sauvé, il lui faut être prouvée par les œuvres qu’elle engendre. Les œuvres par contre ne servent à rien, si elles ne sont pas les fruits de la foi35.

Dieu nous donne un exemple de sa façon de juger dans le récit d’Abimélec et Abraham en Genèse 20.1-7. Abimélec, le roi de Guérar a fait enlever Sara l’épouse d’Abraham. Dieu le menace de mort pour cet adultère qu’il voulait commettre. Abimélec se justifie : il a agi par ignorance, le cœur pur et les mains innocentes ! On se trouve en présence de deux modes d’évaluation : pour Dieu, ce qui est péché est péché et doit être éliminé. Or, Abimélec se conduit dans le respect des coutumes de son époque, de la perception de sa conscience, et de l’état de ses connaissances. Dieu reconnaît que, selon ces critères, le roi est « juste », mais il lui révèle que la situation est injuste et ne doit pas se prolonger. Dieu accepte de juger le roi par rapport à ce qu’il est, ce qu’il sait et ce qu’il vit. Il en est de même pour tout un chacun : Dieu jugera chacun en tenant compte des pensées du cœur, de la conscience morale et des connaissances de chacun. Ainsi chacun sera-t-il entièrement responsable de son sort éternel !

Le fait de mettre en lumière son propre péché résout le problème du jugement. Tout est ou sera jugé, révélé, mis en lumière : dès maintenant pour le croyant repentant, à la fin du monde pour le rebelle. Pour ceux qui n’ont pas connu Dieu, le jugement est le même, c’est-à-dire que c’est aussi un autojugement sur le critère de ce qu’ils auront fait de la loi de leur conscience. C’est leur propre loi intérieure qui fera foi : auront-ils été d’accord avec cette loi ou non ? En effet selon Romains 2.12-16, à ceux qui ne connaissent pas Dieu et sa volonté exprimée dans les Écritures, la conscience rend témoignage de cette volonté, leur indiquant le bien et le mal. Ils seront jugés sur ce qu’ils auront fait de cette voix morale en eux.

Qu’on soit croyant ou pas, on sera jugé de même, selon ce qu’on aura fait de Dieu, ou de la loi de la conscience qui a régi notre vie. Cette loi va ressortir à travers ce que nous faisons, et à travers le jugement que nous portons sur les autres. La manière que j’ai de juger les autres montre quels sont les critères de ma vie. En pardonnant, je montre quels sont mes critères et Dieu me jugera selon ces mêmes critères. Autrement dit, mes actes vont révéler et prouver ma foi.

En confessant à Christ mes actes, je suis personnellement à ce moment-là jugé et délivré du péché confessé. La recherche du péché en moi n’est pas obsessionnelle, si elle marque le désir que Christ éclaire tout en moi et me délivre de tout ce qui fait obstacle à ma relation avec Dieu. La psychanalyse recherche aussi le passé, mais ne le porte pas à Christ. Une fois le passé mis avec humilité et repentance sous le regard de Christ et ainsi pardonné, le chrétien peut se tourner vers le présent et l’avenir, complètement libéré de tout sentiment de culpabilité. Il n’a plus besoin de revenir sans cesse sur son passé. Pour cela, il lui faut croire à la délivrance totale par le pardon de Christ, qui est la Bonne Nouvelle de l’Évangile ! Et il peut attendre sereinement et ardemment la délivrance définitive du mal sur la terre.

En quoi consiste le jugement de Dieu ?

Est-il destiné à éclairer Dieu ? Sûrement pas, puisque Dieu connaît tout de chacun !

Est-il destiné à éclairer celui qui est jugé ? Oui et non ! Non, s’il a tout amené à Dieu, et a remis sa vie à Jésus-Christ, il n’a plus besoin d’un jugement : il est pardonné, libéré ! Oui, s’il a refusé de mettre en lumière ses péchés devant Dieu, il recevra, dans le jugement final, la révélation totale de sa vie, et de force, il reconnaîtra comme étant justifiée, la décision de Dieu qui l’écarte du Royaume.